Nous avons vu dans les pages consacrées à la qualité de l’eau de pluie que la qualité physico-chimique de l’eau contenue dans une citerne en béton, en maçonnerie ou en pierres est proche de l’idéal. Une citerne faite en ces matériaux n’est rien d’autre que la reconstitution d’une cavité rocheuse souterraine dans laquelle l’eau se conserve très bien.
Il faut donc apporter un grand soin à la conception et à la réalisation d’une citerne. Lire à ce sujet les pages construire la citerne.
En dépit des précautions prises lors de la construction d’une citerne, la pluie peut y entraîner les poussières déposées sur le toit, les fientes d’oiseaux, mousses ou d’autres substances indésirables. Celles-ci s’accumulent dans le fond et forment une couche de boue. L’eau étant stagnante, les matières organiques alimentent une flore bactérienne travaillant surtout en l’absence d’air (anaérobiose). En situation normale, la population de ces bactéries se maintient dans l'eau surnageante à un niveau acceptable. Dans quelques installations, heureusement rares, on observe, surtout au printemps, un développement excessif de ces bactéries conférant à l’eau une couleur jaunâtre et une odeur désagréable. Ces bactéries ne semblent pas être dangereuses pour la santé, mais rendent l’usage de l’eau vraiment peu agréable.
Pour résoudre ce problème, on placera dans le fond de la citerne le disperseur de bulles d’un aérateur d’aquarium . Les bulles d’air se dissolvent dans l’eau et provoquent également un mouvement de convection. Les bactéries responsables de ces odeurs ne supportent pas l’oxygène de l’air dissous dans l’eau et finissent par mourir: l’odeur et la couleur de l’eau deviennent normales. Si le problème persiste, il faut nettoyer la citerne. Au pire des cas, cet entretien est annuel. Pour la majorité des installations, les entretiens sont espacés de 5 à 10 ans.
L'origine des odeurs se trouve parfois dans le chauffe-bain. Lorsque la température de celui-ci n'est pas suffisamment élevée pour tuer les bactéries (par ailleurs inoffensives) qui traversent le filtre de 10 microns, au fil des années, des odeurs peuvent apparaître, odeurs que l'aérateur d'aquarium placé dans la citerne ne maîtrise évidemment pas. Poour prévenir le problème, il est souhaitable de monter la température du chaffue-bain à 70°C, une fois par semaine pendant 12 à 24 heures. Ce traitement thermique éliminera les bactéries responsables des odeurs.
Le premier principe de la gestion durable de l’eau est l’adaptation de la qualité de l’eau aux usages. Il n’est pas raisonnable de vouloir utiliser de l’eau potable pour tous les usages. En fait, nous n’avons besoin que de 3 à 5 litres d’eau de haute qualité par jour par personne pour l’alimentation. Pour les autres usages, y compris l’hygiène personnelle, une eau de moindre qualité convient. Dans le système PLUVALOR, c’est ce que nous appelons «eau de qualité inoffensive», mais non potable dans le sens légal du terme.
Remarque importante. Il appartient à chacun de juger la pertinence des propos développés ici. Il faut insister sur le fait que la "qualité inoffensive" n'est pas un concept légal. Il s'agit d'une proposition à débattre au niveau scientifique et surtout politique.
Les qualités physico-chimiques de cette eau seront donc irréprochables, mais on y observera laprésence de quelque centaines de bactéries banales et parfois d’une dizaine de bactéries de contamination fécale (coliformes, streptocoques) par 100 ml. En se basant sur la pratique quotidienne de miliers de ménages depuis des années, l’absorption accidentelle de cette eau ne porte pas de préjudice à la santé. Le système immunitaire d'une personne bien portante maîtrise parfaitement cet apport de bactéries. Même en admettant les risques pour la santé (ce qui est encore à prouver scientifiquement) ceux-ci sont très faibles, puisque cette eau ne sert pas pour l'alimentation ni pour la boisson. Les nourrissons lavés avec une telle eau se comptent par milliers et ne semblent pas être pour autant en moins bonne santé que les autres. Discourir sur le "caractère dangereux" de l'usage domestique de l'eau de pluie devient de moins en moins crédible dans un pays comme la Belgique, où plus de 750.000 personnes l'utilisent depuis des années pour l'hygiène personnelle et plus de 100.000 pour boire.
Dans la vie courante, nous absorbons tous les jours de l’eau et des aliments contenant bien plus de bactéries réputées pathogènes que celles contenues dans une eau de «qualité inoffensive». La dernière eau de lavage d'une salade verte vendue dans le commerce contient plus de bactéries pathogènes qu'une eau de qualité "inoffensive". Exiger la conformité légale de l’eau pour tous les usages est une position scientifiquement incohérente. Ce qui ne signifie évidemment pas qu’il faille boire n’importe quoi. Entre l’hygiénisme inconditionnel qui veut éliminer de notre entourage tout ce qui vit et le manque total de propretée se trouve la voie d’or du milieu: l’adaptation de la qualité aux usages. Les aspects négatifs de la désinfection par le chlore se trouvent décrits dans les pages consacrées au chlore dans l’eau.
L’eau de qualité inoffensive ou sanitaire est obtenue par filtration avec une porosité de 10 microns . On placera ce filtre en aval du groupe hydrophore.
Dans le cas où la superficie du toit est trop faible pour couvrir la totalité des besoins du ménage et que l’on ne peut renoncer à l’usage du W-C classique, on alimentera à titre permanent la chasse du W-C, les robinets du garage et du jardin avec l’eau de ville et on réservera l’eau de pluie aux usages plus nobles [1] . Cette option est en contradiction avec celle préconisée par les techniciens des sociétés distributrices. A chacun son jugement en cette matière... Il ne faut cependant pas perdre de vue qu'en utilisant l'eau de pluie on devient son propre fournisseur d'eau avec toute la responsabilité que cela comporte.
D'après l'expérience des ménages qui ont opté pour la valorisation intégrale de l'eau de pluie, l’eau de pluie filtrée sur 10 microns convient à tous les usages, sauf pour l’alimentation.
Il arrive parfois que l’eau de citerne contient des suspensions qui lui confèrent une très légère turbidité. Ces suspensions sont composées de fines particules de poussière, des micelles (conglomérats) bactériennes et des fines particules de végétaux (feuilles, mousses). Afin de protéger le filtre à 10 microns, on placera dans ce cas, un filtre de sédiments de 25 à 50 microns en amont du filtre de 10 microns. Pour ces filtres de sédiment, préférer l’achat de dispositif contenant un élément lavable (tissu en nylon par exemple) en lieu et place de cartouches jetables.
Remarque importante :
Pour le système PLUVALOR, en matière de canalisation, tous les matériaux (cuivre, fer galvanisé, PVC, etc.) conviennent. Contrairement aux idées reçues, l’eau de pluie correctement gérée dans une bonne citerne n’est nullement corrosive pour les canalisations.
L’eau de pluie stockée dans une citerne correcte n’est jamais acide. L’eau douce (contenant peu de calcaire) est réputée corrosive, mais ce n’est pas le cas de l’eau de citerne. Pour observer le phénomène de corrosion, il faut deux conditions: un potentiel galvanique et la présence d’un électrolyte (sels dissous en quantité suffisante) qui assure le transport des charges électriques pour l’oxydation et la réduction. La conductivité électrique de l’eau de citerne est trop faible pour conduire les courants galvaniques qui provoquent la corrosion. Les phénomènes de corrosion constatés dans de rares cas, proviennent principalement des "courants vagabonds" du réseau électrique.
Un autre point important : pour distribuer l’eau de citerne dans une habitation, afin d’éviter des chutes de pression au niveau des robinets, il faut obligatoirement placer des tuyaux d’au moins un pouce de diamètre.
Lorsqu’on prévoit la canalisation pour l’eau de ville, on peut se contenter de tuyaux de plus faible diamètre. En raison de la masse importante d’eau qui se trouve derrière le robinet d’eau de ville, la chute de pression y est nettement moindre.
Pour la consommation alimentaire, on placera un système supplémentaire de filtration. A ce sujet, lire les pages rendre potable l’eau de pluie.
Lorsqu’on utilise le système PLUVALOR, il n’est pas nécessaire d’avoir deux canalisations séparées dans la maison. Toute la maison sera alimentée au départ de la citerne à eau de pluie. Pour l'eau potable, on réservera un ou deux robinets desservis par un système de micro-filtration ou d'osmose inverse.
Pour voir comment il ne faut pas récupérer l’eau de pluie, cliquer ici
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[1] Pour les techniciens des sociétés distributrices d’eau, c’est le monde à l’envers. Ils sont choqués par le fait qu’on envoie dans le W-C leur eau potable et que l’on boive l’eau de la citerne. En fait, l’eau de la citerne est naturellement douce et, après filtration, fournit une eau potable de haute qualité. Il n’est donc pas raisonnable d’envoyer l’eau de pluie bio-compatible dans la chasse du W-C et de boire l’eau de ville souvent dure, alcaline, désinfectée au chlore et contenant des sels minéraux en excès. La finalité principale du système pluvalor n’est pas l’économie d’eau de ville, mais la sauvegarde de la santé en buvant de l’eau bio-compatible. De plus, l’eau de pluie naturellement douce assure un confort inégalé par l’eau de ville pour l’hygiène corporelle. On aura donc recours à l’eau de ville quand la citerne est à sec. Afin d’éviter de tomber «en panne sèche», on économisera l’eau de la citerne en utilisant l’eau de ville pour la chasse des W-C.