Un document intéressant a été publié par AQUAWAL sur la
valorisaiton de l'eau de pluie en Belgique, document rédigé par Cédric
Prevedello. Ce document a le mérite d'apporter une série de données
intéressantes. Pour notre analyse, nous préférons séparer les données
statistiques et leur interprétation. Si avec
les premiers, nous ne pouvons qu'être d'accord, avec les secondes, nous
avons des remarques à formuler.
Le lecteur de ce document apprend, avec surprise que, contrairement aux
informations susceptibles d'inquiéter les
responsables des sociétés distributrices, le taux des habitatations
équpées de citernes, présente une tendence à la diminution, du moins
entre 1961 et 2001. Cette tendance est probablement inversée depuis
cette
date. En 2001, 35,8% des habitats disposaient d'une citerne, contre
46,3% en 1961. En regardant la carte de la Belgique, le taux de
pénétration des citernes diminue suivant un axe Nord-Ouest vers
Sud-Est. C'est la Flandre Occientale qui est la plus équipée contre la
province de Luxembourg la moins pouvue en citernes. Eu égard à ces
chiffres, la récupération de l'eau de pluie apparaît comme une sorte de
mouvement de fond, avec ses impacts environnementaux, économiques et
sociaux.
Il est intéressant de se pencher sur le profil de consommation,
c'est-à-dire les usages que le public fait de l'eau de pluie. On
apprend que presque tout le monde l'utilise pour arroser le jardin
et laver la voiture; 38% des usagers en alimente la chasse du
W-C.
Le plus surprenant est de constater
qu'une partie non négligeable du public ne semble pas suivre les
recommandations disponibles un peu partout, et
utilise
l'eau de pluie pour les lessives (38%), l'hygiène personnelle (21%),
pour la vaisselle (11%) et pour la boisson (3%). Est-ce de
l'imprudence, ou le résultat d'une démarche raisonnée? L'enquête
relatée dans le document d'AQUAWAL ne répond pas à cette question.
Au point de vue du système PLUVALOR c'est surtout
ce dernier chiffre qui nous intéresse.
Pour autant qu'on admette la validité de l'extrapolation des résultats
de cette enquête réalisée
par WWF, il
y aurait en Belgique eviron un peu plus de 100.000
personnes qui boivent l'eau de pluie depuis des années
et plus de 750.000 qui l'utiliseraient pour l'hygiène personnel! Voir calcul en bas de la page.
Dès lors, il est légitime de se poser des questions
sur le "caractère dangereux" de cette pratique,
dénoncé par la presque totalité des techniciens de l'eau. Sans disposer
d'une étude épidémiologique démontrant les impacts défavorables sur la
santé, eu égard aux résultats de cette enquête, peut-on encore argumenter
valablement sur les "dangers"?
Il y a encore de nombreux scientifiques - surtout ceux qui sont
directement ou indirectement liés aux services officiels de l'eau - qui
continuent à défendre une conception basée sur des
considérations purement théoriques de laboratoire, considérations qui
sont de plus en plus battues en brèche par la pratique quotidienne d'un
nombre croissant de ménages.
Dans ce débat, à côté des éléments scientifiques, il y a aussi
des prises de position relevant
des
conceptions philosophiques. Le tout est compliqué (téléguidé?) par des
intérêts économiques puissants. Par la suite, nous allons nous efforcer
de séparer ces éléments et les ramener aux faits observés sur le
terrain.
Notre analyse sera basée sur les prises de positions de la majorité des
tecniciens de l'eau, dont l'objectif déclaré est de barrer la route
à l'usage de l'eau de pluie autre que le jardin et le W-C. Nous avons
relevé
cinq points dans le document d'AQUAWAL méritant une attention
particulière.
1. Assimilier la qualité de l'eau des
précipitations à celle qui, après avoir transité par la
citerne
et les filtres, coule
au robinet du consommateur est une démarche incorrecte.
L'erreur - commise
également par Cédric Prevedello - est d'affirmer qu'en raison de son
acidité, l'eau de
pluie ne répond pas aux normes pour l'eau potable. En réalité, l'eau
qui tombe sur le toit est tout à fait différente de celle qui se trouve
dans la citerne, et encore plus de celle qui a été traitée, filtrée par
l'utilisateur. Dans tous les cas, sans exceptions, l'acidité de la
pluie est complètement neutralisé par
les parois du béton à un point tel que le pH remonte au-dessus de 7! A
ce point de vue, l'eau d'une citerne répond bel et bien aux normes.
Cette neutralisation s'accompage également d'une minéralisation de
l'eau, surtout par de l'hydrogénocarbonate de calcium, mais on y
observe aussi des sulfates. La teneur en sels minéraux de l'eau de
citerne est de l'ordre de 50 à 90 mg/l. Discourir sur le caractère
"acide", "corrosif" et "aminérale" de l'eau de pluie ne tient pas
compte des faits
analytiques.
2. Déconseiller l'usage de l'eau de pluie pour les lessives,
vaisselles et l'hygiène personnel en raison de la présence de
bactéries de contamination fécale équivaut à supposer que l'eau de la
citerne est utilisée sans aucun traitement.
L'expérience accumulée depuis des années par plus de 700.000
personnes en Belgique prouve le contraire. Une filtration sur 35 et 10
microns fournit une eau de qualité inoffensive dont
l'absorption accidentelle en petites quantités n'a aucun incidence sur
la
santé. Ici aussi, il s'agit d'une prise de position, basée sur
des hypothèses tout à fait
théoriques, démenties par les expériences et les observations faites sur
le terrain.
3. Déconseiller la consommation d'eau de pluie pour la boisson
et pour la préparation des aliments est, sans aucun doute, la position
scientifique la plus discutable. L'eau de citerne soumise à une
micro-filtration ou à l'osmose inverse et ayant passée sur du charbon
actif répond aux normes
les plus sévres pour l'eau potable. Sur des centaines d'analyses
faites sur une telle eau, prélevée chez les utilisateurs, nous
n'avons pas relevé des cas de non respect des
normes. Même dans les installations non entretenues depuis des années!
Cette vision erronée des techniciens de l'eau est l'obstacle
majeur
pour donner de l'eau potable de qualité à tous, sans dépenser des
sommes astronomiques dans des captages et adductions. Dans un monde de
développement durable, avec une vision plus pragmatique et surtout plus
correcte au point de vue scientifique, il
faut adapter la qualité de l'eau aux usages. On ne boit donc
pas, sans traitement, l'eau de sa citerne, pas plus qu'on ne
s'efforcera
pas
de la rendre potable pour la vaisselle ou la lessive. Pour
ces derniers usages, on profitera par contre de sa douceur naturelle.
Nous sommes
donc loin de la volonté d'utiliser de l'eau potable pour tous les
usages. Ce n'est vraiment pas raisonnable.
Devant les faits analytiques, c'est une erreur de considérer l'eau de
distribution comme une eau de
référence. A côté des qualités indéniables, cette eau a aussi des
propriétés négatives, comme la dureté,
le pH et la minéralisation trop élevés, une activité électronique trop
faible due qaux traitements oxydants (chlore ou ozone), sans parler de
la présence des substances indésirables comme les nitrates et les
résidus d'hormones et de pesticides.
Ce qui est dommage est la prise de position d'un
scientifique, relevant surtout d'une opinion personnelle et non des
faits. Sans que ce soit explicitement mentionné dans le document
d'AQUAWAL, lorsqu'on me parle des "fientes d'oiseaux sur les toits, des
rats crevés dans la citerne et des averses chargées d'hydrocarbures et
de pesticides", j'ai envie de dire que:
"L'eau d'une citerne n'a jamais
percolé à travers des terres agricoles traitées aux engrais chimiques
et aux pesticides. Elle n'a jamais été puisée dans une rivière dans
laquelle se déversent l'eau des stations d'épuration (ou parfois des
égouts publics et industriels). Faut-il mentionner le "danger
potentiel" de l'introduction de poisons dans le château d'eau par des
terroristes?" De telles affirmations, tout en contenant un fond de
vérité frisent la mensonge par omission.
Une position objective consiste à
comparer des choses comparables. Les techniciens des sociétés
distributrices comparent volontiers l'eau des précipitations ou celle
des
citernes, à l'eau de distribution sortant de leurs installations. Alors
que, objectivement, il faudrait comparer l'eau de distribution avec
celle qui coule du robinet
d'eau potable chez les usagers du système PLUVALOR.
En voulant remonter aux sources, on peut comparer l'eau d'une citerne,
non pas à l'eau de distribution, mais à sa matière
première: l'eau de la rivière qu'on prélève pour la
préparation de l'eau de ville.
4. Il est facile de faire peur au public à propos de l'eau de
pluie en
agitant le spectre des maladies infectieuses. Ici aussi, il
s'agit d'une opinion personnelle non confirmée par les faits récents
constatés sur le terrain. A défaut d'une étude
épidémiologique prouvant le caractère dangereux de cette pratique, une
telle affirmation constitue une véritable
désinformation.
Depuis au
moins vingt ans, alors que j'étais encore membre de la Commission des
Eaux de la Région wallonne, je réclame une
étude épidémiologique qui consiste à comparer la fréquence des
maladies liées
à l'eau auprès des usagers de l'eau de pluie et auprès de ceux qui
utilisent l'eau de
distribution. Cette demande a toujours
été
repoussée aussi bien par l'administration régionale que par la
Communauté Européenne.
Pour écarter une telle proposition, qu'on n'argumente plus, comme par
le passé, sur le "caractère
marginal" de l'usage domestique de l'eau de pluie! Un échantillon de
100.000 personnes pour l'eau potable et plus de
750.000 usagers
d'eau de pluie pour l'hygiène personnel, constituent une base valable
pour une étude statistique.
Si notre souci était la santé publique, nous pourrions aller bien plus
loin dans
cette voie. Comme hypothèse de départ,
il faudrait aussi tenir compte des indications cliniques concernant la
dépression du
système immunitaire par la consommation et l'utilisation (même à usage
externe, surtout pour les nourrissons) de l'eau ayant subi un
traitement oxydant (chlore, ozone). Dans l'intérêt de la santé
publique, il serait souhaitable d'étendre
l'étude dont il est question plus haut, aux maladies virales,
aux cancers et aux affections allergiques. Faut-il rappeler qu'il
faudrait ausssi
faire une étude semblable dans le cas de ceux qui
fréquentent régulièrement
les piscines publics saturées en chlore. Il y a beaucoup à parier qu'on
arriverait à des résultats pour le moins inquiétants. Cette supposition
est corrobée aussi par l'exemple des villes (Nice, Grenoble, Amsterdam,
Hambourg et Berlin, Réf.: C. Haslay et H. Leclerc, Microbiologie
des eaux d'alimentation Ed. Tec.& Doc. Paris, page
467) où l'on distribue de l'eau non traitée au chlore. Pour éviter
toute confusion, ce n'est pas la formation des composés organochlorés
dont il est
question ici, mais de la modification des propriétés électrochimiques
de l'eau par les
traitements oxydants. La diminution spectaculaire de l'activité
électronique de l'eau, suite à la désinfection chimique, en modifie
profondément les propriétés biologiques. Cet aspect semble être
complètement mis de côté par l'écrasante majorité des techniciens de
l'eau.
5. En ce qui concerne les impacts
environnementaux,
il y a plus de 20 ans, j'ai lancé l'idée suivant laquelle la
généralisation de l'usage domestique de l'eau de pluie, avec
des citernes dont la capacité est adaptée à la surface de captage
constitue un volume tampon pour régulariser le régime hydrique, volume
équivalent pour une ville à celui d'un énorme bassin d'orage.
Cette idée, bien que tout à fait déformée, a été reprise par Cédric
Prevedello et aussi par d'autres
spécialistes. De toute évidence, leur objectif était de montrer que ma
proposition ne portait que
sur une "quantité négligeable" des précipitations, donc sans bénéfice
pour l'environnement.
Dans le document d'AQUAWAL, afin de prover cette affirmation, on
développe un calcul en
partant de "citernes vides" d'une capacité moyenne variant entre 500
litres et 5 m³. On insiste sur le fait que l'hypothse "citernes vides"
est favorable à la rétention d'eau, alors qu'en réalité les citernes ne
sont pas vides. Donc la quantité d'eau retenue est encore plus faible.
D'autant plus que sur le territoir wallon, lors d'une grosse averse (10
litres par m²) il peut tomber plus de 168 millions de m³ d'eau, alors
que la capacité supposée des citernes n'est que de 2 millions de m³ au
maximum. On en conclue que la rétention est tout à fait négligeable.
Ce calcul ramène les impacts environnementaux à la situation actuelle qui
n'est pas une situation de référence.
En partant des hypothèses que j'ai formulées, la situation est
différente.
Afin d'évaluer les impacts environnementaux de la valorisation de l'eau
de pluie, il n'est pas opportun de comparer la quantité d'eau
qui tombe sur tout le territoire wallon avec celle
récupérable dans des citernes largement sous-dimensionnées. Les toits
ne drainent pas la pluie qui tombe
sur
les champs et sur les forêts. Par contre, afin d'estimer l'impact réel
sur l'environnement direct d'une ville, il faut partir de la quantité
d'eau qui tombe sur les toits et récupérée dans des citernes
correctement dimensionnées.
Suivant ma proposition, la capacité souhaitable des citernes est
supérieure à 150 litres par mètre carré de captage. Ce qui équivaut au
placement d'une citerne d'au moins 15 m³ pour une maison de 10x10
mètres. Nous sommes donc loin de l'hypothèse de 500 litres à 5 m³ par
habitation.
De plus, suivant le système que je propose, il y a prélèvement
continu dans la citerne qui, de ce fait, n'est que rarement
vide et
presque jamais en surverse. C'est l'expérience des milliers de ménages
qui utilisent ce système. D'après la modélisation du niveau de la
citerne en usage continu par rapport à la répartition des
pluies, on voit qu'une telle citerne absorbe plus de 95% des
précipitations. En d'autres termes, la rétention des précipitations est
presque complète.
Prenons le cas d'une ville de 100.000 habitants avec, en moyenne, 20 m²
de toit par personne et une pluviosité annuelle de 800 mm. Il y
tombe annuellement 1.600.000 m³ sur les toits, dont 95% sera utilisée,
soit 1.520.000 m³. Cela représente donc un peu plus de 41 litres d'eau
par jour par personne. La consommation moyenne des ménages wallons
varie entre
105 et 120 litres par jour par personne. En zone périurbaine, où la
superficie de captage par
personne est supérieure, cette proportion y est encore plus importante.
Ajoutons à cela, toute l'eau récupérable sur les toits des bâtiments
publics, industriels et agricoles, pour découvrir qu'une proportion
importante de la consommation des ménages pourrait être couverte par
l'eau des précipitations. La valorisation intégrale de l'eau de pluie
incorpore tout simplement et d'une manière continue,
l'eau des averses qui tombent sur le toit dans le volume des eaux
usées. Sans les citernes, ce flux s'ajouterait aux rejets des eaux
usées. Il
ne faut pas oublier que les eaux usées
rejetées par une ville constituent une véritable rivière dont le débit
est bien
souvent non négligeable devant celui du cours d'eau récepteur. L'impact
de la valorisation de l'eau de pluie sur le régime hydrique des villes
est donc loin d'être négligeable.
Nous pouvons encore accentuer les effets favorables avec d'autres
options touchant l'eau. Si l'on voulait prendre réellement au sérieux
le concept de gestion durable, on encouragerait l'usage des
toilettes sèches. Dans notre monde voué à la promotion du
"tout-à-l'égout"
obéissant à la logique du "tout-à-la-poubelle" on fait l'inverse. Comte
tenu du fait qu'en Région wallonne, 43 litres d'eau par jour par
personne transite par le W-C, on peut se faire une idée de la réduction
de la pression
sur nos réserves hydriques et de la quantité d'eaux usées rejetées avec
le système PLUVALOR
et l'application du principe de TLB par l'utilisation urbaine des turbo-toilettes ou T-T. L'impact environnemental de cette
option est bien supérieur aux quelques pourcents concédés et mis en
épingne dans le document d'AQAWAL.
La position d'AQUAWAL a évidemment un poids non négligeable sur l'esprit
des lois en vigueur. On peut également admettre (?) une
influence en sens inverse. Il ne faut donc pas s'étonner que sur
le plan juridique et réglementaire, actuellement, la
valorisation domestique de l'eau de pluie est largement défavorisée par
rapport à l'eau de distribution.
Même si en Belgique, nous ne sommes pas encore là, en France,
sur base d'une philosophie d'approche identique à celle d'AQUQWAL, on
s'apprête à interdire l'usage domestique de l'eau de pluie,
pour autre chose que la chasse du W-C et l'arrosage
du jardin. Nous y sommes dont loin d'une approche pragmatique.
Dans cette situation déplorable, les techniciens de l'eau portent une
responsabilité lourde.
Calcul:
En se basant sur le chiffre de 35,8% de pénétration des citernes dans
les ménages belges, sur une population de dix millions d'habitants,
3,580.000 personnes sont
concernées. Sur cette population, 21% utilise l'eau de pluie pour
l'hygiène personnelle, soit
3,580.000 x 21% = 751.000 personnes. D'après l'étude, 3% optent pour
boire l'eau de pluie, ce qui fait
3,580.000 x 3% = 107.400 personnes. Ces chiffres doivent, évidemment
être considérés comme des approximations, des ordres de grandeur.
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