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La révolution verte du 20ème siècle a entraîné le monde agricole dans une impasse suicidaire, alors que son objectif était de sortir l’humanité de la disette ancestrale. Les spécialistes ne réalisent pas encore que le problème trouve son origine dans la volonté de «dominer» la production alimentaire, arracher à la terre le maximum de rendement. Le rendement à l’hectare est devenu une sorte d’obsession pour les techniciens de l’agriculture. L’introduction des engrais de synthèse a entraîné automatiquement les besoins en produits phytosanitaires. Ceux-ci ont détruit, saccagé les écosystèmes agricoles à un point tel qu’actuellement beaucoup se demandent si l’on pourra se passer de l’étape ultime de la destruction du milieu agricole par les organismes génétiquement modifiés. Cet engrenage diabolique a déjà provoqué des accidents de santé spectaculaires, mais il y a beaucoup à parier que le pire est encore à venir.
J’ai souvent discuté avec des collègues des facultés des sciences agronomiques sur la production alimentaire. Ils font toujours valoir l’argument suivant lequel sans les techniques agricoles intensifiées modernes l’humanité crèverait de faim. Je pense personnellement que ce problème n’est pas aussi simple pour qu’on puisse le ramener à des chiffres de production. Les rendements agricoles ont effectivement augmenté, mais on oublie trop souvent que:
- dans les pays en voie de développement la population ne mange pas plus qu’avant la révolution agricole, notamment en raison de la mobilisation des meilleures terres pour des cultures de spéculation; la production vivrière a été repoussée vers les terres marginales, moins fertiles;
- la majorité des terres ne sert pas à la production alimentaire, mais à nourrir le bétail des pays riches; la population de ces pays, gavée de viande de basse qualité développe les maladies de la «mal bouffe»;
- nourrir un végétarien demande dix à vingt fois moins de terres que pour une personne à régime carné;
- des millions d’hectares de bonne terres disparaissent chaque année suite aux problèmes d’érosion provoqués par le manque d’humus dû aux techniques agricoles dites «modernes».
J’ai cru rêver quand j’ai lu les consignes données à un agriculteur qui avait apporté un échantillon de sa terre pour analyse dans un laboratoire spécialisé. L’intéressé avait au préalable répondu à un questionnaire relatif aux récoltes obtenues sur cette parcelle et la culture projetée.
L’analyse portait sur des nutriments (azote, phosphore, potassium) et quelques éléments (magnésium, manganèse, zinc, cuivre, etc.). Afin d’obtenir le rendement optimal pour la culture projetée, un bilan de nutriments avait été dressé sur base de cette analyse. Le nombre de kilos d’azote, de phosphore, de potassium, etc., à l’hectare avait ainsi été déterminé.
Ce type de démarche trahit une méconnaissance totale des relations intimes qui existent entre la terre et la plante.
Le sol n’est pas un milieu minéral dans lequel poussent les végétaux qui ont besoin de nutriments. La terre fertile est un milieu dans lequel vivent en symbiose des milliards d’organismes pour assurer la naissance et le développement de plantes qui constituent la base de la vie sur Terre. Les plantes qui stockent l’énergie solaire sous forme de biomasse nous relient directement au Cosmos [1] . Il n’est pas exagéré de dire que l’ensemble des organismes qui vivent dans le sol constituent une sorte d’être vivant. Sans eux et avec des engrais chimiques, malgré les apparences, la plante qui se développe est malade. Une plante malade attire aussi les parasites. C’est ainsi qu’on entre dans le cercle vicieux de l’usage des produits phytosanitaires. La santé de la plante dépend de celle du sol.
Nous savons aussi que sans les plantes, il n’y a pas de vie animale, ni de vie humaine. D’un autre côté, l’animal et l’humain sont aussi indispensables pour les plantes: leurs déjections et leurs dépouilles, avec celles des plantes, nourrissent l’ensemble des êtres vivants du sol. Ainsi, le cycle est bouclé. Lorsque un de ces éléments de la chaîne est malade, l’ensemble est malade.
La plupart des traditions, dont la nôtre, accordent un rôle fondamental à la terre. L’homme a été créé à partir de la terre et, après la mort, il redevient terre. N’est-ce pas une belle illustration des grands cycles naturels? Nos relations avec la terre constituent un élément d’une importance capitale pour le devenir de l’humanité. La tradition judéo-chrétienne a occulté le chaînon de notre retour à la terre en attribuant les pires abominations à nos déjections. Ce dérapage a des conséquences environnementales tellement importantes qu’on ne peut les comparer qu’aux conséquences de l’effet de serre dû à la combustion irresponsable de nos réserves de carburant fossile. Sur le plan scientifique, l’émergence au 19ème siècle de l’hygiénisme et celle du génie sanitaire a profondément modifié ce rapport, malheureusement pas dans le bon sens.
Le nœud du problème se situe au niveau de nos relations avec nos déjections. Au lieu de développer une vision pragmatique, nous essayons d’escamoter ces relations dans le sens propre et figuré du terme.
Suivant la tradition, le sommeil est à l’image de la mort. De même, la défécation nous conduit aussi un peu dans l’antichambre de la mort, mais, comme dans le sommeil, cette mort n’est pas définitive, elle est le point de départ d’une vie nouvelle.
Dès son plus jeune âge, l’enfant apprend qu’il doit se méfier de ses déjections, car elles sont porteuses de maladies. Il entendra souvent dire à leur sujet que «c’est sale». Et l’odeur développée par ses excréments viendra appuyer cette sentence des adultes.
A partir de cette répulsion inculquée naissent les aberrations qui touchent la santé, l’hygiène, l’agriculture et l’assainissement. En fin de chaîne, c’est la destruction des écosystèmes. Ces aberrations désorganisent et détruisent complètement l’unité constituée par l’homme, l’animal, la plante, le sol, l’eau et l’environnement. Mis à part des problèmes énergétiques, tous les problèmes environnementaux trouvent leur origine dans cette erreur de base.
La répulsion vis-à-vis des déjections, a développé une vision éloignée des réalités concernant les relations entre les micro-organismes et la maladie. Pendant que tout l’arsenal technique de la biologie et de la médecine a été mobilisé pour prouver que la plupart des maux affligeant l’humanité trouve son origine dans ces êtres microscopiques présents dans les déjections humaines et animales, on a un peu perdu de vue que depuis des milliers de générations notre système immunitaire a génétiquement été programmé pour vivre dans un équilibre dynamique avec ces êtres microscopiques. Par contre, les réactions aux biocides de synthèse n’ont pas été incorporées dans ce programme. Les médecins qui soignent les affections allergiques pourraient en dire plus. Les micro-organismes les plus dangereux sévissent précisément en milieu hospitaliser où l'hygiénisme est de rigueur.
La vision hygiéniste est un des obstacles majeurs devant les solutions pragmatiques du problème du manque d’eau potable dans le monde. En attribuant tous les maux aux micro-organismes d’origine fécale susceptibles de se trouver dans l’eau consommée, on fait la promotion d’une technique unique pour l’approvisionnement en eau: la distribution centralisée d’une eau désinfectée au chlore. Sans parler des effets pervers de l’usage des biocides oxydants sur la santé [2] , avec la volonté de maintenir le monopole de la distribution centralisée d’eau potable, on ferme la porte à une série de techniques décentralisées qui, à partir de l’eau des précipitations, résoudraient d’une manière élégante et peu onéreuse le problème du manque d’eau potable dans le monde. Mais pourquoi faire simple et bon marché quand on peut faire très compliqué et très cher?
Il ne faut évidemment pas conclure du raisonnement développé ci-dessus qu’il faut abandonner la propreté, l’hygiène et boire ou absorber n’importe quoi. Ce sont les excès de l’hygiénisme dont il faut se méfier. Lorsqu’il s’agit d’autoriser l’usage de l’eau de pluie en tant qu’eau potable dans les lieux publics, il y a, sous la pression des techniciens hygiénistes, interdiction formelle. Cette interdiction n’est pas basée sur une démarche scientifique objective. Elle intervient systématiquement, même dans les cas où la qualité de l’eau potable obtenue à partir de l’eau de pluie satisfait aux normes les plus sévères.
La vision hygiéniste a abouti à un véritable désastre sur le plan de la gestion de l’eau dans le monde. Combien le poète chinois Lao Tseu a raison en disant:
«L’eau est bienfaisante
Elle sert à tous sans différence
Coule où personne ne séjourne
Et se trouve toute proche du tao.»
L’eau est effectivement «bienfaisante» car sans elle, il n’y a pas de vie, mais pour servir à tous «sans différence», il faut qu’elle soit disponible pour tous [3] . Cette vision, sans exclure la distribution centralisée, fait allusion à la possibilité de disposer partout d’eau de bonne qualité. Seule l’eau des précipitations est vraiment disponible pour tous sans différence. L’eau «coule où personne ne séjourne». Il ne faut donc pas construire en zone inondable et se garder de surcharger les réserves d’eau courante avec de l’eau souillée provenant des habitations. La pensée taoïste met le doigt, avec une grande simplicité, sur deux de nos problèmes relatifs à l’eau: les inondations et la pollution des rivières.
L’idée de la proximité de l’eau avec le tao est lourde de signification. Cette proximité doit induire une attitude presque religieuse de respect par rapport à cet élément. C’est ce respect que la civilisation occidentale semble avoir complètement mis de côté. L’eau est devenue une marchandise monnayable que l’on salit, épure, traite, filtre comme n’importe quelle ressource minière.
Ce symbole de la féminité, de la fécondité, de la pureté est traité par notre société dominée par les mâles comme on viole une femme en la souillant. La vison hygiéniste a assimilé l’eau à un produit qui purifie, lave et emporte toutes les saletés. Ce qu’elle a par contre oublié, c’est qu’en emportant nos «saletés» l’eau aussi est souillée.
Qu’à cela ne tienne – disent les techniciens en génie sanitaire – nous allons l’épurer. C’est à ce niveau que commence une série d’options techniques incorrectes qui font de l’eau dans le monde un problème environnemental, économique et politique de premier ordre. Le plus grave est que les promoteurs industriels de ces techniques, en achetant des fonctionnaires et les hommes politiques, ont bétonné la législation de l’eau dans le monde pour barrer la route à l’extension de toute autre technique basée sur une vision plus réaliste. La désinformation du public bien conditionné par plus un siècle de pensée hygiéniste constitue la garantie de pérennité de l’aberration institutionnalisée pour la gestion de l’eau. Nous sommes entrés dans une spirale d’escalade de pollution – dépollution où les ressources de plus en plus rares en eau glisseront progressivement dans les mains de ceux qui les utiliseront comme moyen de pression et de domination.
Il sort du cadre de ce travail de fournir une analyse critique pour démontrer le caractère absurde et nuisible des techniques de gestion actuellement préconisées pour l’eau. Je me contenterai de donner quelques idées directrices sur lesquelles chacun peut partir pour rechercher l’information – de plus en plus rare – sur les solutions techniques et politiques alternatives.
Le point de départ est de prendre pleinement conscience du fait que les déjections humaines et animales ne sont pas des déchets à éliminer sous prétexte d’épuration ou de dépollution, mais qu’elles font partie intégrante de la biosphère. Elles constituent le chaînon qui nous relie à la terre. La santé de celle-ci en dépend et déterminera l’alimentation des générations futures et peut-être la possibilité de vie même sur cette planète.
L'idée n'est pas nouvelle. Que disait à ce sujet, il y a bien plus d'un siècle, Victor HUGO dans les "Misérables"?
"Paris jette par an 25 millions à l'eau. Et ceci sans métaphore. Comment et de quelle façon? Jour et nuit. Dans quel but? Sans aucun but. Avec quelle pensée? Sans y penser. Pour quoi faire? Pour rien. Au moyen de quel organe? Au moyen de son intestin. Quel est son intestin? Son égout. 25 millions, c'est le plus modéré des chiffres approximatifs que donnent les évaluations de la science spéciale. La science, après avoir longtemps tâtonné, sait aujourd'hui que le plus fécondant et le plus efficace des engrais est l'engrais humain. Les Chinois, disons-le à notre honte, le savaient avant nous. Pas un paysan chinois, c'est Eckelberg qui le dit, ne va à la ville sans rapporter, aux deux extrémités de son bambou, deux seaux pleins de ce que nous nommons immondices. Grâce à l'engrais humain, la terre en Chine est encore aussi jeune qu'au temps d'Abraham. Le froment chinois rend jusqu'à cent vingt fois la semence. Il n'est aucun guano comparable en fertilité aux détritus d'une capitale. Une grande ville est le plus puissant des stercoraires. Employer la ville à fumer la plaine, ce serait une réussite certaine. Si notre or est fumier, en revanche, notre fumier est or. Que fait-on de cet or fumier? ... On le balaye à l'abîme. On expédie à grands frais des convois de navires afin de récolter au pôle austral la fiente des pétrels et de pingouins, et l'incalculable élément d'opulence qu'on a sous la main, on l'envoie à la mer. Tout engrais humain et animal que le monde perd, rendu à la terre au lieu d'être jeté à l'eau, suffirait pour nourrir tout le monde. Ces tas d'ordures du coin des bornes, ces tombereaux de boues cahotés la nuit dans les rues, ces affreux tonneaux sur la voirie, ces fétides écoulements de fange souterraine que le pavé cache (N.B. Il s'agit des égouts) savez-vous ce que c'est? C'est de la prairie en fleur, c'est de l'herbe verte, c'est du serpolet et du thym et de la sauge, c'est du gibier, c'est du bétail, c'est le mugissement satisfait des grands boeufs le soir, c'est du foin parfumé, c'est du blé doré, c'est du pain sur votre table, c'est du sang chaud dans nos veines, c'est la santé, c'est la joie, c'est la vie. Ainsi le veut cette création mystérieuse qui est la transfromation sur le terre et la transfiguration dans le ciel." (Texte lu par Danielle BAILLY)
D’une manière plus pratique, disons que les déjections humaines (W-C) et celles de nos animaux (élevages hors sol) n’ont pas leur place dans l’eau. Le gâchis réalisé par leur rejet dans l’eau est la cause numéro un de la dégradation de nos écosystèmes dans lesquels l’eau est de plus en plus malade et devient de plus en plus rare. En ce sens, le principe même de l’épuration des eaux usées urbaines est incompatible avec le concept du développement durable.
Bien que les techniciens le savent bien, ils cachent soigneusement au public le fait que l’épuration telle qu’on la pratique actuellement ne fait rien d’autre que détruire une matière première importante pour la transformer en pollution par les nitrates. Cette matière première, les déjections riches en azote, est irremplaçable pour reconduire dans les terres la biomasse végétale riche en carbone pour la formation de l’humus. Lorsqu’on ignore ce fait capital, les conséquences environnementales ne se font pas attendre:
- L’azote contenu dans les déjections apparaît dans les eaux sous forme de pollution par les nitrates. Une petite quantité d’azote est rejetée dans les rivières avec les eaux épurées. Cette quantité suffit pour perturber la vie aquatique. La majorité de l’azote se retrouve dans les boues d’épuration et rejoint les rivières ou les eaux souterraines après épandage des boues sur les terres agricoles. Il n’y a qu’une petite partie qui est valorisée par les plantes.
- L’azote actuellement rejeté sous forme organique dans les eaux serait pourtant indispensable pour stabiliser la biomasse végétale et former de l’humus. Pour ce processus, il faut que les composés organiques ne soient pas rejetés dans l’eau et qu’ils ne soient pas détruits par épuration. Sans cet azote organique, la décomposition spontanée et la soi-disant «valorisation énergétique» de la biomasse végétale ne fait qu’aggraver les problèmes de l’effet de serre.
- L’azote animal (ou humain) transformé en nitrate et dispersé par l’épuration n’arrive pas à la plante (ou vraiment très peu). Pour le maintien de la production agricole, l'azote détruit par épuration est remplacé par de l’azote de synthèse (engrais chimiques) qui favorise encore la disparition de l’humus du sol et nous entraîne dans la spirale d’escalade de l’usage des pesticides.
- Ces pesticides polluent à leur tour la terre, les eaux et aussi notre alimentation. Ils détruisent la vie dans le sol et déséquilibrent les écosystèmes en tuant aveuglément les soi-disant nuisibles, mais aussi les êtres vivants indispensables pour la biodiversité et le maintien de la fertilité du sol.
- Faute d’humus, la terre fertile disparaît par érosion. Il faut des siècles, voire des millénaires pour former de nouveau quelques centimètres de terre agricole.
- Pour la fabrication des engrais de synthèse et des produits phytosanitaires – indispensables dans ce système – on brûle une quantité énorme de pétrole en aggravant encore l’effet de serre.
- L’appauvrissement des écosystèmes réduit la biomasse végétale dont la synthèse constitue un «puits de carbone» dans l’atmosphère. Ce puits se comble de plus en plus et nous entraîne dans une situation dont nous ne pouvons actuellement qu’entrevoir la gravité.
Certains pourraient dire que les déjections humaines ne représentent qu’une fraction négligeable par rapport à l’ensemble de la biomasse disponible sur Terre. Leur épuration ne constitue donc pas un gâchis irréparable. En fait, la biomasse humaine est l’une des plus importantes qui se trouve dans la biosphère. Il n’a que celle des bovins qui la dépasse. L’azote contenu dans les déjections humaines représente 40 % de l’azote que l’agriculture mondiale utilise. C’est une quantité trop importante pour se permettre le luxe de sa destruction sous prétexte d’épuration ou de dépollution. Pour boucler les grands cycles naturels, il convient donc de reconduire la biomasse animale et végétale dans la terre.
Faut-il encore préciser que la manière dont cette biomasse est reconduite dans le processus de formation des sols est très importante et sort malheureusement de la logique des techniciens en agriculture? Pour eux, du moment qu’on épand la biomasse sur le sol, celle-ci devient «un amendement organique» et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. C’est avec ce raisonnement d’épicier et de comptable que l’on justifie la «valorisation agricole» des boues d’épuration. L’exposé des conditions scientifiques pour la reconduction correcte de la biomasse dans la genèse des sols sort du cadre de ce travail [4] .
Les techniciens travaillant chacun dans leur petit domaine spécialisé n’ont, de toute évidence, pas une idée d’ensemble des interactions et des conséquences des techniques qu’ils préconisent. Il faudrait une vision et une démarche globalisantes dans les sciences et les techniques. A titre d’exemple, pour un ingénieur en génie sanitaire, l’important est de bien épurer les eaux usées. La seule préoccupation de l’ingénieur agricole sera d’assurer le rendement à l’hectare cette année-ci. Le spécialiste de l’eau potable veillera à l’absence de toute vie dans l’eau qu’il proposera à la consommation. En cas d’émergence d’un nouveau problème, ils s’efforceront de parer au plus pressé, sans remonter aux causes originelles du problème.
Cet aveuglement est tellement naturel dans les milieux scientifiques, que l’exposé d’une vision globale a beaucoup de mal à atteindre le niveau de compréhension des spécialistes, très savants certes, mais engoncés dans les préoccupations routinières de leur domaine.
En septembre 2000, lors d’un colloque international sur la gestion de l’eau dans le monde les spécialistes de tous horizons ont esquissé, chiffres à l’appui, l’impasse totale dans laquelle nous nous trouvons: la capacité de renouvellement de nos ressources en eau a déjà été dépassée un peu partout. A la question de savoir comment sortir de l’impasse, les spécialistes de réputation mondiale n’ont aucune réponse. Il faut dire que l’écrasante majorité de ces spécialistes sont payés par de grandes sociétés de construction d’équipements d’épuration, de traitement, d’analyse et d’adduction d’eau. Plus l’eau sera une denrée rare, plus sa production aura la cote sur le marché. C’est dans ce contexte que j’ai fait un exposé qui répond aux questions primordiales pour sortir de l’impasse [5] .
Devant un parterre de spécialistes internationaux de l’épuration, montrer que l’épuration est une nuisance environnementale majeure qui est à l’origine des grands problèmes d’eau et que, pour les résoudre, il ne faut surtout pas épurer, est une gageure. L’exposé a fait l’effet d’un pavé jeté dans la mare. Il n’a pas suscité d’avalanche d’arguments scientifiques, ni de débat contradictoire, ainsi que je l’espérais, mais seulement un long silence et des sourire gênés. Toutefois, les commentaires allaient bon train dans les couloirs et au repas. Pour un des directeurs d’une grande société multinationale d’épuration, je devais être «tombé sur la tête», tandis qu’un politicien affirmait au contraire qu’il rencontrait enfin «un scientifique en génie sanitaire qui ne pédale pas dans le vide et qui a une vision au-dessus du guidon». Cependant, je n’ai eu aucune objection de nature scientifique pour montrer que les idées que je défendais étaient fausses.
Il faut un certain courage pour sortir des sentiers battus et faire autrement que tout le monde. A titre d’exemple, je développerai un peu la manière dont tout un chacun, par ses actions individuelles, peut constituer un point d’acupuncture sur le corps de notre Terre bien malade. Ceux qui s’engagent dans cette voie doivent s’attendre à l’incompréhension des autres. Ils se heurteront rapidement à la loi inspirée par la vision hygiéniste et, même s’ils ne polluent pas les eaux, seront contraints de payer pour la pollution des autres. Je me contenterai de donner quelques indications [6] concernant la gestion réellement durable de l’eau chez soi, en précisant les limites de ce type de démarche. L’action ainsi entreprise peut évidemment être étendue à tous les domaines de la vie, mais il appartient à chacun de choisir la voie qui lui convient le mieux et les domaines où il développera cette vision globalisante.
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[1] Pour approfondir cette affirmation qui peut paraître surprenante à certains, lire le «Cours aux agriculteurs» de Rudolf Steiner, paru aux Editions Antroposophiques Romandes, Cf. réf. 2.
[2] La bio-électronique médicale met bien en évidence les effets pervers sur la santé de la diminution de l’activité électronique de l’eau due aux traitements oxydants. Avec cette méthode, on sort quelque peu de la vision hygiéniste de la santé, ce qui explique l’hostilité de la médecine académique vis-à-vis de cette branche transdisciplinaire au carrefour de l’électrochimie, de la biologie et de la médecine. Lorsqu’on connaît les possibilités potentielles de la bio-électronique dans le traitement des maladies graves comme le cancer, la sclérose en plaque, l’ostéoporose, la coxarthrose, et certaines maladies virales et de dégénérescence, on ne peut que regretter l’absence de formation en électrochimie des médecins dans les facultés.
[3] La taxation de l’eau consommée est à l’antipode de cette vision pragmatique. Toute la législation européenne sur l’eau est basée sur un concept erroné, celui de taxer l’eau en lieu et place de la pollution. Cette option juridique est le reflet de la volonté des groupes financiers de s’accaparer des ressources mondiales de l’eau comme moyen de pression et de domination.
[4] Il y a une littérature abondante sur le sujet. Je ne citerai que deux ouvrages de base: Sir Albert Howard, Testament agricole Ed. Vie et Action, et Peter Tompkins, Christopher Bird, La vie secrète du sol. Ed. Robert Laffont, 1990.
[5] Le texte de cet exposé «Assainissement intégré: une nouvelle vision du traitement des eaux usées domestiques» est lisible dans les comptes-rendus des 14ème JIE (Journées Information Eau) à Poitier, 13-15 septembre 2000. Conférence n°49, tome 2.
[6] Ces indications sont développées dans le site web EAUTARCIE