EAUTARCIE Français | Nederlands | Magyar | Esperanto | English 

 

Accueil | Table des matières | FAQ | Introduction | Lois et environnement | Valorisation de l’eau de pluie | Épuration des eaux usées domestiques | Assainissement écologique | Toilettes sèches

Les erreurs de la science du génie sanitaire

Ces pages ont été rédigées en mars 2009

Un regard nouveau sur le traitement des eaux usées, la gestion de l'eau et sur les changements climatiques

Il faut épurer pour protéger l'environnement: vrai ou faux?

Ce titre peut étonner plus d'un lecteur. Nous sommes tous habitués à accepter sans critique une pensée dominante suivant laquelle le fait de déverser une eau bien épurée dans le milieu récepteur ne peut être que bénéfique pour l'environnement.

Soit une rivière fortement polluée par les rejets des égouts d'une ville. Le placement d'une station d'épuration qui déversera dans la rivière une eau plus propre semble la solution appropriée. La rivière est ainsi « sauvée » et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes (pollué et dépollué).

Tout dépend évidemment de ce que nous visons comme objectif. Si le but est de rendre (un peu) plus propre une rivière, sans tenir compte des autres impacts, l'option classique est correcte. Le problème est que la Nature et l'Environnement forment un ensemble beaucoup plus vaste qu'un écosystème aquatique. Les activités humaines ont à présent un tel poids environnemental qu'il est désormais tout à fait erroné de penser qu'on puisse limiter les conséquences à un seul aspect: la qualité de l'eau d'une rivière.

Avec son objectif restreint, le traitement classique des eaux usées fait abstraction de toute une série d'effets situés en amont et en aval de l'acte d'épuration. Dans l'optique de la gestion durable des eaux, pour une analyse plus complète des techniques d'assainissement, une vision globale s'impose d’elle-même. Il est donc souhaitable de se fixer comme objectif de minimiser les impacts environnementaux des activités domestiques liées à l'eau [1] . Dans cette nouvelle vision, il est facile de montrer que l'épuration des eaux usées urbaines, telle qu'on la pratique actuellement, ne remplit plus son rôle de gestionnaire durable de l'eau.

Le génie sanitaire actuel dans une impasse?

Pourquoi la science du génie sanitaire s'est-elle engagée dans une sorte d'impasse? La situation actuelle est le résultat de la conjonction d'une série de facteurs sociaux, psychologiques et surtout économiques dont les origines se situent dans l'histoire moderne des villes.

Le génie sanitaire en tant que science est né de la préoccupation d'écarter les dangers sanitaires résultant de l'absence de gestion des eaux usées dans les villes. Le placement des égouts a été le premier pas sur ce chemin. Dans les grandes villes, ce pas a presque toujours précédé la généralisation des W-C à chasse. De ce fait, les égouts ne collectaient au départ que les eaux grises (savonneuses), sans les eaux vannes (eaux fécales). Pour les ingénieurs de l'époque il convenait simplement d’évacuer les eaux usées des maisons, sans nécessairement les déverser dans un cours d'eau où elles pourraient causer des problèmes. Ils ont donc construit des égouts non étanches, dont le rôle principal était, non pas le transport des eaux vers la rivière, mais leur dispersion dans le sol. Cette approche pragmatique et respectueuse de l'environnement était également plus économique que le placement d’égouts étanches.
A cette époque (première moitié du 20
ème siècle), les eaux vannes n'étaient pas produites, ou peu. La majorité de la population utilisait des latrines placées au fond des cours ou des jardins. De cette époque date l’expression « aller à la cour ». Le contenu de ces latrines malodorantes était régulièrement enlevé par des agriculteurs maraîchers pour fertiliser les terres [2].

La donne a changé complètement avec la généralisation des W-C. Ce fait a radicalement modifié la composition des eaux collectées par les égouts. Avec les eaux vannes, l'azote et le phosphore organiques ont fait leur apparition. Actuellement, dans les eaux usées urbaines, 98% de l'azote provient de nos W-C. Or, l'azote est un des éléments clef de la pollution, mais aussi de la biosphère. On a donc décidé d’épurer au mieux les eaux usées issues des villes.

Ce changement a entraîné trois conséquences :

1. La destruction de la matière organique azotée de nos déjections sous prétexte d'épuration et leur soustraction à la biosphère. Le résultat est une perturbation des cycles naturels de l'azote, du carbone, du phosphore et de l'eau.

2. La libération de l'azote organique sous fo rme de nitrates et du phosphore organique sous forme de phosphates qui apparaissaient dans la nature comme pollution [3].

3. La perturbation du régime hydrique des terroirs occupés par les zones équipées d'égouts. 

Dans un premier temps, ces aspects ont complètement échappé aux scientifiques, mais aussi aux techniciens. Les premiers problèmes sont apparus avec la pollution des cours d'eau. Avec les W-C et l'extension de l'urbanisation, le volume des eaux usées urbaines rejetées dans les rivières a augmenté, avec les conséquences que l’on connaît.

A cette époque, les scientifiques étaient moins attentifs aux interactions dans la biosphère. Une solution immédiate, à court terme, à savoir l'épuration des eaux, leur paraissait raisonnable. Ils ne réalisaient pas le fait, que l'épuration n'est qu'un traitement symptomatique et que la solution à long terme consisterait à remonteur aux sources du mal. En génie sanitaire classique, l'option d'épuration a entraîné des postulats de base qui, au fil des années, ont fini par devenir de véritables dogmes. Ces postulats sont:

1. Pour protéger l'environnement, il faut épurer les eaux le mieux possible. Le but est de rejeter une eau propre dans le milieu récepteur.

2. Afin de simplifier la collecte et le traitement, les eaux vannes et les eaux grises doivent être collectées et traitées ensemble. Il en a résulté la généralisation de l'option du « tout à l'égout » qui obéit à la même logique que le système du « tout à la poubelle ». On a écarté l'option possible du traitement sélectif des deux types d'eau (eaux vannes et eaux grises). 

3. Pour les techniciens, la composition des eaux urbaines est devenue une donnée de base immuable. Lors de la conception des installations, il ne pouvait y avoir aucune prise sur la qualité des eaux rejetées dans les égouts. La composition des eaux urbaines est devenue une sorte de norme, coulée dans la loi sous la forme d'une définition, celle de la charge polluante par équivalent habitant E.H. Cette option a écarté tous les axes de recherche visant à mettre aux point des techniques de prévention de la pollution à la source. L'exemple le plus frappant est l'abandon des études sur les toilettes sèches et sur les traitements des déjections humaines et animales. 

4. Afin de diminuer la taille des installations, on a complètement abandonné les voies possibles de l'épuration anaérobie. 

5. En raison d'une facilité technique, on a décrété la priorité du rejet des eaux épurées « dans une voie naturelle ou artificielle d'écoulement des eaux.

6. Dans le souci de simplification, pour les installations individuelles, on a fixé les mêmes normes de qualité pour le rejet en eau de surface et pour l'infiltration dans le sol. Eu égard aux impacts environnementaux et le coût de l'assainissement, il s'agit ici d'une erreur d'appréciation lourde de conséquences.

L'élimination « coûte que coûte » de la pollution est devenue une préoccupation majeure.

Les impacts environnementaux de l'approche classique

C’est lorsqu’on examine les impacts environnementaux que les inconvénients de l’épuration classique se révèlent. Dans notre analyse, nous avons relevé trois erreurs de base dans la démarche classique admise par tous.

La première erreur: l'insistance sur les performances épuratoires

La première erreur découle de la méthode d'appréciation des techniques qui met en avant les performances épuratoires,en négligeant (ou presque) les autres aspects.

On a perdu de vue que l'épuration a comme objectif de protéger l'environnement. Dès le moment où nous optons pour cet objectif, dans l'évaluation des techniques, il faut tenir compte d'autres aspects dont l'ensemble constitue ce que j'appellerais les performances environnementales. Celles-ci devraient être évaluées, entre autres, par rapport à des critères comme:

1. La consommation d'énergie pour l'épuration, pour la fabrication des réactifs éventuels, pour le transport et le traitement de boues, ainsi que pour l'entretien des installations.

2. Les nuisances olfactives et le bruit des machines et du charroi transportant les boues.

3. Les impacts environnementaux du traitement et de l'élimination des boues.

4. La quantié d'azote rejeté dans l'environnement avec les eaux épurées et aussi avec les boues. Cette quantité doit être exprimée en kg d'azote minéralisé par an par équivalent-habitant.

5. La quantité des substances tensioactives (détergents) rejetées dans le cours d'eau récepteur, exprimée en grammes par an par équivalent-habitant. Il faut également y ajouter les résidus de médicaments susceptibles de se retrouver dans les eaux épurées, comptabilisés aussi par an par équivalent-habitant.

5. Le degré de perturabtion du régime hydrique du terroir concerné par l'épuration et celui du cours d'eau récepteur.

6. La valeur biologique de la matière organique azotée provenant des eaux vannes (en tant qu'humus potentiel), détruite et minéralisée par l'épuration. 

Certains de ces éléments apparaissent dans les études d'impact. Toutefois, le dernier critère (la valeur biologique des déjections), bien que de loin le plus important, est toujours ignoré. Même en admettant le fait, tout à fait improbable, qu'un système d'épuration ne pollue pas l'environnement, ni par les eaux épurées ni par les boues rejetées, le fait de soustraire la biomasse fécale humaine au processus de formation des sols (humus), place l'épuration classique hors des techniques de gestion durable des eaux et de l'environnement. Il ne faut pas perdre de vue que la soustraction de la biomasse fécale n'est qu'un des volets de la problématique de la gestion globale de la biomasse, absolument vitale pour notre survie sur cette planète. En l'absence de biomasse fécale à valoriser, une quantité énorme de biomasse végétale cellulosique ne peut plus entrer dans le cycle de formation des sols. Seule l'association correcte de ces deux types de biomasse, l'une riche en azote, l'autre en carbone, peut garantir la pérennité de la production alimentaire (après l'ère du pétrole), sans compromettre les grands équilibres dans la biosphère. 

Ce raisonnement nous conduit à la deuxième erreur de la démarche classique.

La deuxième erreur: l'ignorance des grands cycles naturels

On persiste à ignorer les impacts de l'assainissement sur les grands cycles naturels. Les cycles de l'eau, du carbone, de l’azote et du phosphore sont concernés par cette activité.

Il faut souligner que la collecte des eaux urbaines influence aussi le cycle de l'eau. L’eau utilisée par les habitants d’une ville ou d’une agglomération est prélevée dans le flot du cycle de l’eau pour y être restituée. Compte tenu de la consommation des ménages, c’est loin d’être une quantité négligeable. Dans le cas des grandes villes, ce flux d'eau perturbe à des degrés divers le régime hydrique du terroir concerné. Le prélèvement dans les réserves hydriques et l’acheminement par les égouts vers la rivière constitue une sorte de court-circuit dans le cycle de l’eau.

Les eaux vannes évacuent annuellement de 80 à 100 kg de matières organiques par an par personne. Cette matière contient environ 10 kg d’azote et à peu près 1 kg de phosphore organique (métabolique). L’épuration classique n’est autre chose que la bio-oxydation de cette matière. La partie hydrocarbonée sera donc transformée en eau et en dioxyde de carbone, tandis que l’azote et le phosphore organiques apparaîtront, à l’issue de l’épuration, sous forme de nitrates et de phosphate [4].

La pollution par les nitrates et les phosphates issus de l’épuration n’est qu’un problème mineur devant celui de la destruction de la matière organique. L’erreur est d’assimiler la charge polluante des eaux vannes à un déchet gênant à éliminer. En réalité, la matière organique issue de nos cuisines, nos déjections, et aussi celles de nos animaux, constituent une matière première précieuse qui fait partie intégrante des grands cycles naturels. La valeur biologique de la matière organique détruite sous prétexte d’épuration est de loin supérieure à l’avantage qu’on tire de l’épuration. A ce sujet, dès le début des années '90, j'ai formulé la loi suivante:

Toute matière organique détruite sous prétexte d’épuration ou de valorisation énergétique[5] est un facteur de déséquilibre de la biosphère et un facteur de pollution des eaux. Elle diminue la capacité de production des écosystèmes.

A l’état actuel de dégradation de la biosphère, nous ne pouvons plus nous permettre le luxe de détruire la biomasse fécale sous prétexte d’épuration. Cette destruction contribue aussi à aggraver les problèmes d’eau dans le monde.

A ce sujet, les défenseurs de l’épuration classique font valoir les arguments suivants, mais dont l'analyse met en lumière une réalité très différente :

1. La quantité d’eau qui transite par les habitations est négligeable devant les flux naturels d’eau dans la nature. La perturbation du régime hydrique par les égouts est donc faible.

2. La matière organique contenue dans les déjections humaines est aussi une quantité négligeable dans le bilan des matières de la biosphère.

3. L’épuration tertiaire prévient la pollution par les nitrates et les phosphates.

Nous pouvons analyser ces affirmations.

1. Contrairement à l'affirmation ci-dessus, la perturbation du régime hydrique est non négligeable dans les grandes villes et dans les zones à habitation dense, surtout à l'échelle d'un terroir. Les urbanistes commencent à réaliser ce fait et recommandent la réduction des surfaces rendues étanches. Même près des autoroutes, on installe des bassins d’orage pour diminuer les effets du ruissellement. Le débit d'eau consommée par les habitants d'une ville équivaut à celui d'une petite rivière. La solution du problème passe par la maîtrise partielle du ruissellement qui devrait faire partie de l'assainissement écologique. J’ajouterai que la valorisation intégrale de l’eau de pluie aussi. L’ensemble des citernes correctement dimensionnées d’une ville équivaut à un bassin d’orage énorme. 

2. La biomasse que représente l’humanité dépasse celle de la plupart des espèces animales qui vivent sur la terre. L’azote contenu (sous forme de composés organiques précieux) dans les déjections des hommes représente actuellement une masse équivalente à plus de 40% de l’azote utilisé dans l’agriculture mondiale. Avec l’augmentation de la population, cette proportion augmentera encore. Il n’est donc pas raisonnable de détruire ces composés organiques azotés sous prétexte d’épuration.

3. L’épuration tertiaire appelée à éliminer l’azote (et le phosphore) n'agit que sur environ 10% de l'azote qui entre dans l'installation. Celui-ci est issu de l’étape secondaire de l'épuration. Les 90% se retrouvent dans les boues. Le tout est de connaître avec précision le bilan azoté de l'épuration.

La troisième erreur: la négation des impacts des techniques de déversement

On persiste à ignorer le fait que les techniques de déversement des eaux dans le milieu récepteur ont un impact environnemental plus important que la technique d'épuration elle-même.

Continuer à favoriser le déversement des eaux épurées dans les eaux de surface au lieu de les infiltrer dans le sol ou de les envoyer dans une zone humide sans écoulement (ou à écoulement très lent) est l'expression de cette erreur. Celle-ci entraîne évidemment plusieurs conséquences:

- la dégradation de la qualité de nos cours d'eau (en dépit de l'épuration);

- l'augmentation démesurée des frais d'assainissement;

- la mise à l'écart des techniques d'assainissement simples, efficaces et bon marché[6].

Les écosystèmes aquatiques sont très sensibles à la moindre pollution. Il ne faut pas oublier le pourvoir épurant remarquable du sol , surtout dans la rhizosphère[7]. Ce constat aboutira à l'énoncé du troisième principe de l'assainissement écologique développé plus loin. 

Une autre erreur, qui découle de la précédente, est de mesurer l'impact environnemental de l'épuration par rapport à celui du rejet des mêmes eaux non épurées dans la rivière. Dans une telle évaluation erronée, l'épuration représente toujours un avantage. La situation est tout à fait différente dès que nous envisageons le non rejet des eaux dans la rivière suivant les principes exposés au chapitre suivant.

D'autres défauts inhérents aux systèmes d'épuration classiques

Les systèmes d’épuration classiques présentent aussi d’autres défauts graves:

- Le temps de séjour limité à quelques heures des eaux dans les installations est insuffisant pour dégrader les molécules des détergents, mais aussi les résidus de médicaments contenus dans les déjections. En cas de déversement dans une rivière, ces composés organiques, même en faible concentration, constituent une menace sérieuse pour la vie aquatique [8]. Les eaux de surface deviennent de plus en plus difficiles à traiter pour en faire de l’eau potable. 

- Lors d’une averse, une masse d’eau considérable arrive dans les installations d’épuration. La charge polluante qui se trouvait alors dans les égouts et en station d’épuration est alors entraînée sans traitement dans le cours d’eau récepteur. Le dédoublement des égouts est une solution possible qui entraîne cependant des frais supplémentaires. Comme nous allons le voir plus loin, le dédoublement du système de collecte dans l'assainissement écologique apportera une efficience environnementale autrement plus élevée. 

- L’épuration classique n’élimine pas la charge bactérienne apportée par les eaux vannes. Avant le déversement dans une eau de surface destinée à la baignade, les eaux doivent être désinfectées (traitement quaternaire). Lorsqu'on connaît les données de la bio-électronique médicale, on comprend que la désinfection modifie profondément les propriétés électrochimiques et biologiques des eaux réceptrices. En tuant les bactéries, on crée un déséquilibre biologique, mais surtout un risque non négligeable pour la santé des baigneurs.

En résumé:

Les systèmes d’épuration classiques constituent les solutions de loin les plus onéreuses (par équivalent-habitant) pour le traitement des eaux usées tout en étant les moins efficaces des techniques déjà connues pour la protection de l’environnement.

Et l’épuration par les plantes? 

Dès le moment où il s’agit d’épurer les eaux vannes, l’épuration par les plantes a un écobilan à peine moins défavorable que celui de l’épuration classique. Ces systèmes dits « alternatifs » obéissent exactement aux mêmes principes que l’épuration classique. Ils détruisent aussi la matière organique contenue dans les eaux et leurs performances épuratoires sont comparables. Le compostage, lorsqu'on le pratique, des plantes qui épurent ajoute un cycle solaire supplémentaire, avec beaucoup de pertes par rapport au compostage direct des effluents des toilettes écologiques [9]. Lorqu'on ne produit plus d'eaux vannes, l'épuration par les plantes devient complètement inutile, voire nuisible. Dans les régions sèches, l'évaporation par les plantes constitue une perte d'eau inadmissible. La totalité des eaux usées (eaux grises) doit être, soit infiltrée dans le sol (afin d'alimenter la nappe phréatique), soit utilisée pour l'irrigation des cultures. Ceci n'est possible sans risque sanitaire et de pollution que pour les eaux grises traitées séparément. En présence d'eaux fécales, le gâchis est complet: gaspillage et perte d'eau, gaspillage et perte de la biomasse pour l'agriculture (sans parler de la pollution des eaux de surface).

Le génie sanitaire face à une conjonction d'intérêts

Connaissant le caractère inadéquat de l’épuration classique, on peut légitimement se demander pourquoi s’entêter à maintenir coûte que coûte l’épuration classique en défavorisant les techniques de prévention de la pollution à la source. Il n'y a pas de doute que des chercheurs, dégagés de toute contrainte, auraient depuis longtemps développé les techniques alternatives pour la gestion de l’eau. L'origine du problème se trouve dans une conjonction d’intérêts pour maintenir les techniques qui génèrent beaucoup de bénéfices économiques.

Tout un secteur industriel et économique s'est développé sur les postulats exposés plus haut. Avec l’extension de la pollution, la dépollution des rivières a fini par mobiliser des moyens économiques et humains considérables. C’est ainsi que les techniques de prévention de la pollution à la source ont été écartées au profit de la collecte et de l’épuration – une solution de réparation. Pourtant, d'une manière générale, la prévention coûte toujours moins cher que la réparation, mais génère moins de profits.

Pour des raisons de marché, la collecte des eaux et l’épuration collective a été étendue hors des centres urbains, même en milieu rural où ces techniques ne se justifient pas plus au niveau économique qu’au niveau environnemental.

Assainissement collectif: décisions anti-démocratiques

Le mécanisme des décisions en matière d’assainissement s’est écarté de la voie démocratique. En effet, les fournisseurs des installations ont intimement été associés aux décisions relevant, en principe, de la compétence des élus politiques. En matière de travaux publics et d’acquisitions, les lois imposent des règles qui écartent des décisions tous les fournisseurs. Ces lois n'ont pas été et ne sont pas respectées lors des prises de décision au sujet du placement des égouts et de l’attribution des marchés pour les stations d’épuration. Les experts directement ou indirectement liés aux entreprises siègent dans les commissions de politique d’assainissement. Parfois, pour respecter la forme, les experts délégués dans les commissions ne font pas partie du monde de l’entreprise, mais universitaire (ce qui, dans la pratique, rivient au même). Parfois, on contourne le problème par la mise en place de sociétés dites « publiques » de gestion de l'eau où, en matière de choix des techniques, c'est le point de vue des fournisseurs qui prévaut. Nous ne parlerons pas de l’implication des élus politiques dans les préoccupations du marché des entreprises d'épuration et de fourniture de l'eau.

Dans le domaine du génie sanitaire, le monde scientifique universitaire dépend financièrement des grandes entreprises. Les laboratoires de recherches universitaires ne peuvent actuellement plus se passer de ces aides. C’est pourquoi les recherches sont dirigées dans le sens voulu par les bailleurs de fonds.

Nous assistons à une conjonction d’intérêts qui va dans le sens des options de base en matière d’assainissement :

Le monde des environnementalistes lui-même a fini par être associé à cette conjonction d’intérêts. Suite à une absence de réflexion globale, les environnementalistes, en principe opposés aux lobbies industriels, ont épousé le point de vue des multinationales de l’eau. Ils sont les premiers à réclamer partout le placement des égouts et l’épuration collective.

Afin de détourner l'attention des vrais problèmes techniques, d'une manière habile, l’épuration par les plantes, a été présentée comme la seule solution alternative à l’épuration classique. Personne ne s’est aperçu que ce type d’épuration obéit exactement à la même préoccupation que les stations d’épuration classiques : épurer au mieux, sans se préoccuper des conséquences.

Il est intéressant d’analyser la position des « alter-mondialistes » en matière de politique de l’eau. Ces personnes, de bonne volonté et animées des meilleures intentions, ne réalisent pas que la discussion sur des thèmes comme :

sont inefficaces pour résoudre les problèmes d’eau dans le monde. En effet, ces discussions ne mettent pas l’accent sur le problème de base : les problèmes d’eau dans le monde trouvent leur origine précisément dans l’extension des techniques largement recommandées, imposées même, par les techniciens de l'eau. Il est significatif de relever que dans les grandes réunions internationales sur les politiques de l'eau on parle de tout, sauf de l'essentiel. Personne n'a, jusqu'à présent, dénoncé le caractère nuisible (sur le plan environnemental et économique) du fait d'imposer partout l'épuration collective et la distribution centralisée d'eau.

La solution : le nouveau génie sanitaire

Quelle est alors la solution pour une meilleure gestion des eaux en général, et des eaux usées en particulier?

Lorsqu'on connaît les grands principes et les techniques de l'assainissement écologique, on découvre l'existence d'une possibilité incroyable: avec des moyens économiques et humains dérisoires par rapport aux efforts consentis actuellement, l’humanité pourrait complètement sortir de ses problèmes d’eau en moins de deux générations (50 ans). Le préalable serait l’abandon des techniques actuellement imposées et leur remplacement par d’autres, plus simples, plus fiables, moins chères et plus efficaces. La plupart de ces techniques « alternatives » sont actuellement mises hors la loi ou du moins marginalisées.

Sous le vocable de « assainissement écologique », à défaut de trouver une meilleure dénomination, on peut formuler des orientations de base pour une gestion durable de l'eau dans le monde.

Les nouvelles orientations de base sont formulées dans le chapitre consacré aux principes de base de l'assainissement écologique ou les nouveaux paradigmes de la science du génie sanitaire.

Passer à la page de nouveau paradigmes du génie saniraire

[1] C'est ce qui est exprimé dans l'article premier de la directive 271/91 de la Communauté Européenne. Cet article n'a pas été transcrit dans les législations de la plupart des etats membres.

[2] Dans une certaine mesure, on pratique encore l'épandage de l'engrais humaine suite à l'enlèvement (réglementé) des gadoues des fosses septiques par des agriculteurs agréés.

[3] L'action conjointe de l'azote et du phosphore rejetés dans les cours d'eau est à l'origine de l'eutrophisation. Dans les eaux usées urbaines l'azote provient presque exclusivement de nos W-C. La teneur en phosphore des eaux s'alimente de deux sources: le phosphore dit « métabolique » et les phosphates des lessives. La suppression des lessives phosphatées ne résout pas le problème d'eutrophisation. Le problème demeure tant qu'on rejettera les déjections dans l'eau.

[4] L'étape ditre "tertiaire" de l'épuration ne travaille que sur une petite portion de l'azote et du phosphore issus de l'étape secondaire (bio-oxydation). La majorité de ces éléments se retrouvera dans les boues. Lors de la valorisation agricole, il est à craindre qu'une partie importante ne se retrouve dans les eaux. L'assimilation par les plantes dépend fortement du moment d'épandage.

 [5] La destruction massive de la matière organique végétale sous prétexte de « valorisation énergétique » est l'autre grande erreur. Il y a des filières biologiques pour la valorisation énergétique de la biomasse végétale fournissant une quantité à peu près équivalente de chaleur de basse température (pour le chauffage) que celle qu'on obtient par la combustion directe.

[6] C'est notamment le cas de l'interdiction injustifiée des puits perdants, même au cas où l'on n'y déverse que des eaux grises. Avec la prise de conscience écologique du public, les utilisateurs des toilettes sèches sont de plus en plus nombreux. La demande de ces ménages de disperser leurs eaux grises (après pre-traitement) dans un puits perdant est systématiquement refusé. Pourtant, l'absence quasi totale d'azote dans ces eaux garantit un impact environnemental nul.

[7] La rhizosphère est l'espace du sol occupé par le système radiculaire (les racines) des plantes. On y observe non seulement l'absorption des nitrates et des phosphates, mais aussi une dénitrification bactérienne intense. En l'absence d'azote (eaux vannes), les macromolécules électriquement polaires des savons et des détergents sont bien fixées sur les particules du sol pour y être décomposés par une flore bactérienne en eau et en dioxyde de carbone.

[8] Dès qu'on les infiltre dans le sol, l'impact environnemental des résidus d'épuration comme les détergents ou autres devient nul. Dans l'assainissement écologique, les résidus des médicaments ne sont plus présents dans les eaux usées, mais sont traités en tant que déchet solide avec les déjections. Pendant le compostages ces résidus sont intégralement décomposés et ne présentent plus de problème environnemental. J'ajouterais que l'azote et le phosphore non plus.

[9] Par « toilette écologique » nous entendons les toilettes à litière biomaîtrisée TLB et les turbo-toilettes T-T qui produisent des eaux vannes concentrées prêtes pour l'imprégnation d'un substart cellulosique avant le compostage. Les toilettes dites « scandinaves » qui fonctionnent avec la séparation de l'urine et des fèces sont aussi polluantes et destructrices de la biosphère que l'épandage du lisier d'élevages sur les terres agricoles. A propos des toilettes sèches, on trouve dans la littérature spécialisée beaucoup de confusion et d'erreurs d'appréciation. Par rapport à leurs principes de fonctionnement, on peut classer les toilettes sèches en trois générations: les latrines, les toilettes « scandinaves » et la TLB. La turbo-toilette (T-T) constitue la quatrième génération: la transposition du principe de la TLB aux W-C à chasse.

x

x

x

x

x

x

x

x

x

x

x

x

x

x

x